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Jean de Bonnefon

(1866 - 1928)

"Voici M. Jean de Bonnefon. Ses yeux bleus sont ceux d'une jolie fille du Rouergue, sa cravate est de satin rose et ses cheveux gris paraissent blonds, tant ils frisent gracieusement. C'est le dandy de la rue de Seine."

André Billy, Tableau de la rue de Seine in Les Soirées de Paris n°15, août 1913.



Né le 22 mai 1866 à Aurillac, le journaliste et écrivain Joseph-François-Marie Bonnefon sera, sa vie durant, un homme de contradiction.

Portrait de Jean de Bonnefon (1866 1928), calvinet
Jean de Bonnefon - carte postale. Coll. Musée du Veinazès (MDV).

Impitoyable avec les faux nobles, se moquant de la vanité nobiliaire, il se fait rajouter une particule à son nom en 1885. Dans la marge de son acte de naissance, on relève cette mention écrite en lettres minuscules : « Nota : par jugement du tribunal de première instance de Mauriac en date du 18 novembre 1885, comme faisant suite au jugement du même siège en date du 1er août 1885, il a été ordonné que le nom patronymique Bonnefon, écrit en un seul mot dans l’acte ci-contre, serait à l’avenir écrit de Bonnefon en deux mots. Aurillac, le 20 janvier 1886. »

Journaliste spécialiste des questions politiques et religieuses, Bonnefon écrit pour de nombreuses feuilles et dès 1870,  publie un premier ouvrage satirique La Ménagerie impériale, composée des ruminants, amphibies et carnivores et autres budgétivores qui ont dévoré la France pendant 20 ans. Les principales figures du Second Empire y sont représentées sous forme d'animaux peu sympathiques, voire repoussants.

Portrait de Jean de Bonnefon (1866 1928), calvinet
Carton publicitaire des "dernières publications de M. Jean de Bonnefon" - après 1905 - Coll. MDV

Bonnefon sait aussi être impitoyable pour l’Église catholique de son temps en se posant en redresseur de torts, en dénonciateur de scandales et en réformateur. Mais dans ses nombreux écrits, Bonnefon met souvent les rieurs de son côté : « Le bon Père Vignet, de la Compagnie de Jésus, était sourd comme un poteau ; c’est pourquoi le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, de réjouissante mémoire, l’avait choisi comme confesseur.»

Jean de Bonnefon, livre la prostitution fille des églises et des états
Revue La Raison - "La prostitution, fille des Eglises et des Etats"

Vers 1905, Bonnefon publie un pamphlet féroce sur Lourdes, intitulé Lourdes et ses tenanciers. L’avant-propos donne le ton : « Il est au moins singulier que, toujours, à travers les siècles, la Vierge apparaisse à des ignorants, mâles ou femelles, à des imbéciles, à des illettrés, à des femmes malades ou à des hommes ivrognes. »

En 1908, Jean de Bonnefon publie un article court mais retentissant intitulé « La prostitution, fille des Églises et des États ». Il y explique que la confession est une école d’immoralité ; que les silences de l’école publique à l’endroit de l’éducation sexuelle valent mieux que les allusions lubriques de l’école catholique au péché de la chair.

Au final, quel genre de catholique était Bonnefon ? Ses bonnes relations avec Aristide Briand, tout comme son excellente connaissance des milieux ecclésiastiques, en firent un intermédiaire efficace au moment du vote de la loi de Séparation des Églises et de l’État (1905).

ex-libris de Jean de Bonnefon
Ex-libris de Jean de Bonnefon - Coll. J-P. Devez.

A côté des pamphlets anticléricaux et républicains qu’il multiplie dans les premières années du XXe siècle, Jean de Bonnefon écrit en 1907 un ouvrage très différent. Dans Le dossier du Roi. Le baron de Richemont, fils de Louis XVI, Bonnefon se saisit de l’affaire Louis XVII, qui agita une bonne partie du XIXe siècle. L’argument central en est que l’enfant mort dans la prison du Temple en 1795 n’était pas le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette mais un enfant malade qu’on lui avait substitué. Ce qui faisait de Louis XVIII, de Charles X, du duc de Bordeaux (Henri V) et des Orléans des imposteurs.

Bonnefon n’a pas de métaphores assez nobles pour évoquer la vie et la mort mélancoliques du vrai roi de France (il l’appelle d’ailleurs « le Roi »), mort abandonné de tous.

Il n’est pas seulement nostalgique d’une royauté révolue placée au-dessus de la marmite politique ; en matière religieuse, son anticléricalisme militant ne l’empêche pas de publier des textes de mystique comme une traduction du Cantique des Cantiques où il explique que le Cantique est un drame révolutionnaire et un chant d’amour.

Château manoir du Faisan (Calvinet), vue extérieure
Château du Faisan (Calvinet) - séjour de campagne de M. Jean de Bonnefons - vers 1910 - carte postale.

Au début du XXe siècle, les joutes politiques sont d’une dureté inimaginable ; nous qui connaissons surtout les « petites phrases » assassines lancées contre l’adversaire, fût-il un « ami politique », nous découvrons avec étonnement la cruauté des attaques qui n’épargnent ni le passé, ni les contradictions, ni même les disgrâces physiques de l’adversaire.

Fontaine de Calvinet (Cantal) en pierre de Volvic.
Fontaine publique de Calvinet surmontée d'une croix en pierre de Volvic - avant 1908

Bonnefon ne ménage pas ses contemporains, particulièrement ses ennemis qu'ils soient à Paris... ou à Calvinet.

Propriétaire du domaine du Faisan dans cette commune, il est élu maire du village en 1908 et le 2 août de la même année, il dévoile une statue de la Liberté guidant le peuple, installée au-dessus de la fontaine publique à la place de la croix qui avait été offerte par le maire battu. Comment résumait-il l'affaire ? "Je fis respectueusement placer la croix de Calvinet au cimetière et la Liberté sur la place publique".

Statue de la Liberté guidant le peuple (Calvinet) par Houdon sur la fontaine publique.
Fontaine publique de Calvinet surmontée de "La Liberté guidant le peuple" par Houdon - après 1908.

Car lorsqu’il s’agit du pays, la plume de notre bretteur des lettres se fait douce et lyrique : « Les grands toits font l’originalité de l’architecture au bon pays de Montsalvy, qui n’a d’autres monuments que l’église du chef-lieu, quelques vieux châteaux délabrés – ce qui est joli –, ou mal restaurés, ce qui est odieux, – et de vieilles maisons antiques et démodées, qui font rire les architectes mais qui se moquent des architectes du haut de leurs pigeonniers séculaires. »

Pour justifier qu’un progressiste comme lui s’intéresse ainsi aux « vieilles pierres », il a ce raccourci historique étonnant : « Chacun de nous sent couler dans ses veines la mémoire chaude et fluide des luttes communes, des lourdes défaites, des lentes victoires et de ce triomphe longtemps préparé qui fut la Révolution française.»

D’où l’accusation qu’on lui fit souvent d’être traditionaliste au pays et progressiste à Paris.

A sa mort survenue en 1928,  Jean de Bonnefon est enterré dans le cimetière de Calvinet ; Il avait demandé une croix sur sa tombe. Jean de Bonnefon s'attira cette épitaphe du journal La Croix : "C'était un écrivain d'un rare talent qui fit souvent un usage malheureux des dons qu'il avait reçus de la Providence".

Les textes polémiques, parfois sophistes, souvent drôles et méchants de Jean de Bonnefon, continuent de nous amuser car ils n’ont pas perdu de leur fraîcheur, pourvu que l’on s’immerge dans l’actualité de l’époque.

La « plume d’aigle » qu'était Jean de Bonnefon avait aussi une langue de vipère.

On peut discuter de la sincérité et de la cohérence de l’homme ; il vaut en tous les cas la peine de découvrir cet écrivain décocher ses traits…

Pour en savoir plus...


Un document inédit

Jean de Bonnefon évoque Guy de Maupassant et la famille Charmes.

Collection privée - J-P. Devez

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Sources consultées :

Edouard Bouyé, "Plume d'aigle ou langue de vipère ? Jean de Bonnefon (1866-1928) entre Rome, Paris et Calvinet", Chronique du Veinazès - N°33 - 2008.


Pour toute référence à cet article, merci d'en signaler la source : www.pays-veinazes.com


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